L'histoire de l'esclavage en Guyane

L’esclavage semble appartenir au passé. Pourtant, l’Afrique n’en finit pas de payer les dégâts de la traite négrière : sous-peuplement, surendettement. Dans d’autres régions, l’esclavage a eu des implications directes dans l‘articulation des sociétés. En Guadeloupe, en Martinique ou à la Réunion, par exemple, se côtoient, tant bien que mal, les arrière-petits-enfants des maîtres et les arrière-petits-enfants des esclaves, avec tous les préjugés ancrés dans cette sombre période. Conscients de la permanence d’un mépris plus ou moins exprimé envers l’ancien esclave dans le monde entier, les diasporas noires s’organisent mais ne trouvent que très peu de soutien auprès des représentants des anciens empires coloniaux. En 2001, la diaspora de mieux en mieux organisée sollicite les Nations Unies jusqu’à ce que soit enfin organisée la « conférence contre le racisme la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance» à Durban en Afrique du Sud. Pour la première fois donc, des chefs d’Etats ou leurs représentants reconnaissent, enfin, que l’Afrique a subi une hémorragie de ses hommes et que les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce trafic infâme constituent un crime contre l’Humanité. Retour sur les avancées réalisées depuis cette rencontre historique et sur la chronologie de l’histoire de la traite négrière, qui aura dû passer par le travail « forcé» et divers retours à l’esclavage avant l’abolition légiférée de cette pratique inhumaine. -------------------------------------------------------------------------------- Cultiver la mémoire -------------------------------------------------------------------------------- Comprendre, expliquer, raconter afin de ne jamais oublier. C’est le leitmotiv qui résulte de la conférence de Durban. C’est à partir de ce moment que l'Assemblée Générale des Nations Unies a consacré l’année 2004 « Année internationale de la commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition ». Ce choix coïncide avec un symbole fort qui a marqué toutes les mémoires de ces personnes réduites en esclavage ainsi que celle de leurs descendants : la libération des esclaves haïtiens, qui commémorent leur bicentenaire. Une des actions phares de cette année 2004 apparaît également à travers la valorisation d’un circuit de mémoire appelé « la route de l’esclave » ayant été tracée depuis 1994 à partir de Ouidah au Bénin. Cette célébration remet en perspective certaines villes-clés, points de départ de ces terrifiants bateaux, emportant tous ces humains pour un voyage sans retour. Hasard du calendrier ou autre volonté de faire coïncider certaines dates : c’est la même année que s’est tenu en France le premier comité pour la mémoire de l’esclavage. Présidé par Maryse Condé, écrivaine majeure guadeloupéenne dont l’oeuvre est fortement marquée par la question de l’esclavage et de la négritude. Ce comité mène plusieurs combats, avec tout d’abord celui de la mémoire. Le comité doit convaincre les éditeurs des manuels scolaires d’écrire noir sur blanc l’horreur vécue par toute une frange de la population mondiale. Une autre tâche aussi ardue est de fixer une date commune à tous les ultra-marins pour fêter l’abolition de l’esclavage. En effet, le décret qui a été signé le 27 Avril par Schöelcher a connu plusieurs dates d’applications selon les régions : 22 mai pour la Martinique, 27 mai pour la Guadeloupe, 10 Juin pour la Guadeloupe et 20 Décembre pour la Réunion. Une journée internationale de commémoration de la traite négrière et de son abolition a déjà été déterminée, c’est le 23 Août, mais elle ne satisfait pas en France car elle a lieu pendant les vacances scolaires. A défaut d’un musée entier dédié à l’esclavage, on peut souligner quelques initiatives qui aideront la mémoire collective à débuter son apprentissage. A Nantes, haut lieu de la traite négrière à cause de sa position privilégiée sur l’Atlantique, le musée du château des Ducs de Bretagne va consacrer 500m2 à l’histoire de l’esclavage. Un petit début il est vrai, mais un début quand même. L’UNESCO a également lancé une exposition virtuelle : Devoir de mémoire, le triomphe sur l’esclavage --------------------------------------------------------------------------------------------------------- Aujourd’hui encore, il reste impossible de définir avec précision le nombre d’Africains réduits en esclavage et victimes du plus important déplacement de population de l’Histoire de l’Humanité : la traite négrière. Les chiffres oscillent entre 30 et 100 millions d’individus, sans compter les anonymes engloutis par les Océans en cours de route… Pour de nombreux descendants d’esclaves, ce passé douloureux n’est toujours pas digéré et appelle un certain nombre de mises au point. Retour sur cette période sombre de l’Histoire. -------------------------------------------------------------------------------- L’esclavage est une pratique très ancienne. Déjà, chez les Grecs et les Romains, les prisonniers de guerre, les « barbares » issus des peuples voisins et ceux placés dans l’incapacité de payer leurs dettes, forment l’essentiel du contingent servile. Dès le IX è siècle, des Africains de la côte orientale du continent sont victimes de razzias et vendus par des marchands musulmans. Avec les Européens, l’esclavage prend une nouvelle dimension. Par le nombre d’individus concernés, par la durée du phénomène, par l’inscription de l’esclavage dans le Droit, les Européens innovent et mettent en place un système organisé qui reliera trois continents. -------------------------------------------------------------------------------- Après la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb pour le compte de la couronne d’Isabelle la Catholique, les Espagnols mettent sur pied un solide empire colonial aux Amériques. Par l’Accord de Torsedillas en 1494, les deux grandes puissances ibériques se partagent le sous-continent. Plus de vingt après, en 1518, Charles Quint, empereur germanique et roi d’Espagne, officialise le début de la traite. Les îles de la Caraïbe, le Brésil et la Guyane seront l’objet, au cours des siècles suivants, d’âpres luttes entre les Européens. Les Français, les Britanniques, les Hollandais et les Ibères, soucieux d’acquérir de nouvelles terres pour leurs empires, s’affrontent Outre-Atlantique. Pour mettre en valeur ces nouvelles terres, le besoin de main-d’œuvre se fait sentir. Tout d’abord, les colons réduisent en esclavage les premiers habitants, les Amérindiens. Premiers « Nég mawon » de l’Histoire, il préféreront souvent la mort à l’asservissement. Les Arawaks et les Caraïbes seront exterminés ou succomberont aux épidémies du Vieux continent, au contact des nouveaux arrivants. Des religieux, à l’image du célèbre Bartholomé de Las Casas, se dressent contre le sort réservé aux Indiens. L’Eglise catholique intervient alors et entend régler la question lors de la Controverse de Valladolid en 1550. Organisée sous l’égide du Pape Jean III, cette réunion, destinée à établir si oui ou non les Indiens peuvent être considérés comme des hommes, oppose très vite Las Casas au philosophe Sepulveda. A l’issue de la conférence, une seule certitude : les Indiens ont bien « une âme » et ne peuvent donc être réduits en esclavage. Dans les colonies, les colons privés des bras indiens, ne décolèrent pas. Le sort de l’Afrique, réservoir tout désigné à la main-d’œuvre abondante, plus résistante, meilleur marché et surtout « moins humaine », est désormais scellé pour les siècles suivants. -------------------------------------------------------------------------------- Dès le XVI è siècle, les puissances coloniales instaurent le « commerce triangulaire » . Ce type de commerce dominera l’activité économique de toute cette époque. Motivé par l’incessante recherche maximale de profit, ce commerce comporte trois étapes qui relient l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. D’Europe en Afrique : Chargés d’armes et de produits européens, les bateaux négriers gagnent l’Afrique. Les étoffes, l’eau de vie et la pacotille européenne trouvent là un débouché de choix. Les marchands portugais relient en priorité le golfe de Guinée et l’Angola au Brésil. De manière générale, la majorité des Européens se dirigent vers la « Côte des Esclaves », aujourd’hui identifiée comme le Bénin, le Nigéria, le Cameroun, le Congo et le Sénégal. Une fois débarqués, les Européens délivrent leurs cargaisons à des chefs locaux africains qui leur remettent alors des esclaves, acquis lors de razzias et de guerres intestines. L’île de Gorée au Sénégal, étape essentielle du périple infernal, incarne aujourd’hui encore la souffrance du peuple noir. Au Bénin, la ville de Ouidah marque le point de départ de la « Route des esclaves » : parcourue par les captifs avant leur départ, cette route débute devant Zomaï, « la lumière ne s’y hasarde pas », la maison d’un négrier portugais, hermétiquement close et plongée dans l’obscurité en permanence. Pendant la traite, les esclaves sont parqués dans ces lieux pendant des semaines dans l’attente de la déportation. Les femmes et les hommes sont préalablement séparés et répartis dans de petites cellules sombres, alors que des pièces, plus petites encore, attendent les enfants. Entassés dans des conditions inhumaines, plusieurs d’entre eux meurent d’asphyxie, avant même l’arrivée des négriers. Croulant sous le poids des chaînes qui enserrent leurs cous, ils fixent « la porte », où, avant eux, les autres se sont engouffrés pour ne plus jamais revenir. Peu d’entre eux connaissent leur destination finale. Une seule certitude : cette fenêtre qui s’ouvre sur la mer marque le début d’un voyage vers l’inconnu sans retour possible. D’Afrique en Amérique : Transportés dans d’effroyables conditions à fond de cale pendant plusieurs mois, un nombre important de ces êtres ne résistent pas au voyage. Le capitaine aménage l’espace afin qu’il puisse contenir le plus grand nombre d’esclaves. Parqués dans des espaces réduits, pouvant aller de 1,20 à 1,50 m de hauteur, ils sont souvent disposés selon le système « de la cuillère », tête-bêche, emboîtés les uns aux autres. Cette promiscuité contribue largement à la prolifération des maladies : on estime à un homme sur six, le pourcentage de ceux qui périssent pendant la traversée. Une fois arrivés dans l’archipel antillais, au Brésil, au Surinam et dans les colonies de la côte est des Etats-Unis, ces hommes, ces femmes et ces enfants sont débarqués et vendus aux planteurs locaux. Enfin, d’Amérique vers l’Europe : Une fois délestés de leurs cargaisons et avant le départ pour l’Europe, les bateaux se remplissent de produits exotiques dont les sociétés européennes sont de plus en plus friandes. Outre l’or, ressource essentielle des colonies espagnoles, les plantations fournissent au cours des siècles du sucre, du café, du coton, du tabac, de l’indigo, de la pomme de terre, de la quinina (arbre dont l’écorce fournit la base de la quinine) et du riz qui poussent mieux sous ces latitudes. D’abord de simples curiosités culinaires, ces nouvelles denrées deviennent très vite des habitudes alimentaires. Très rentable, le « commerce du bois d’ébène » fera la fortune de nombreux ports occidentaux. En France, Le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Marseille et surtout Nantes qui gérera dans la première moitié du XIXè siècle jusqu’à 70% des expéditions, constituent les plus grands centres négriers du pays, par l’intermédiaire de la Compagnie française des Indes, créée en 1664. Ailleurs, Londres, Bristol, Copenhague et Lisbonne s’imposent également. Le but recherché est atteint : grâce aux colonies, la métropole acquiert un excédent de recettes permettant des rentrées d’or et économise des importations coûteuses. Jusqu'au XVIIIè, l’Occident légitime l’esclavage, élément indispensable au grand commerce international. Dans les sociétés européennes, les religieux, relayés par d’illustres figures de la littérature, ont apporté des justifications à ce système esclavagiste et lui ont permis de perdurer. Pour ce faire, l’Eglise catholique entend évangéliser et apporter la civilisation aux populations africaines du Continent noir. Par ailleurs, des philosophes, comme Voltaire dans son « Candide », célèbrent les vertus du « bon sauvage ». Dans l’imaginaire européen, le « Nègre » remplace très vite le Noir : objet de mépris, il est traité comme un animal ou, au mieux, comme un grand enfant. -------------------------------------------------------------------------------- Une fois arrivées dans les colonies, les familles sont régulièrement séparées, en fonction des besoins des acquéreurs présents sur les foires aux esclaves. Moments privilégiés de la vie de la colonie, ces « marchés aux bestiaux » sont l’occasion d’examiner, de soupeser, de tâter et de mesurer la « nouvelle marchandise ». Les colons effectuent un véritable examen anatomique dont dépend la mise à prix, prélude aux enchères. Une fois marqués au fer, groupés par lots, poignets et chevilles entrâvés, les esclaves prennent le nom de leurs nouveaux maîtres et arrivent sur les plantations. Fonctionnant en vase-clos, la plantation est un microcosme régi par ses propres règles. Pour les femmes, la vie sur l’habitation est particulièrement dure. Couramment violées par les maîtres et les régisseurs, elles donnent naissance aux nombreux mûlatres ou métis, rarement reconnus par leurs pères, qui, plus tard, constitueront l’élite politique des colonies. "L’homme esclave", quant à lui, doit subir la négation de sa paternité: dès la naissance, ses enfants appartiennent déjà au maître. Dans leur immense majorité, les esclaves participent aux travaux des champs. Rudes et interminables, les journées sont rythmées par les coups de fouet des régisseurs et par la cadence qu’ils imposent. Sur le terrain, les coupeurs et les amarreuses se partagent la tâche. Les autres, directement rattachés au service de la maison, sont parfois employés pour l’éducation des enfants blancs. En France, en 1685, le Code noir de Colbert réglemente le sort des esclaves dans les colonies françaises et légalise les agissements de leurs maîtres. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Marron : « Esclave, nègre marron, qui s’est enfui pour vivre en liberté », affirme le « Petit Robert », dans une définition laconique. Juste quelques mots pour rendre compte de la rébellion de certains hommes. Dans les habitations de l’époque, où la violence règne en maître, certains Africains, pour qui l’esclavage ne peut être une fatalité, « marronnent ». Symboles de résistance à l’oppression, ces « nèg mawon » se réfugient dans les zones rendues inaccessibles aux colons par le relief ou la végétation. Uni aux autres Blancs de la région, également soucieux d’éviter la contagion, le maître pourchasse le fuyard pendant parfois plusieurs jours à l’aide de hordes de chiens. De véritables chasses à l’homme, auxquelles participent contraints et forcés d’autres esclaves, battent la campagne à la recherche du « marron » qui sera le plus souvent rattrapé. De retour sur la plantation, ces esclaves servent d’exemples pour dissuader les autres. Fouettés en public, ils sont aussi très souvent mutilés : bras et oreilles coupées sont le lot quotidien des esclaves châtiés. Jusqu’à la fin de leur vie, ces marques indélébiles sur leurs corps témoignent du sort réservé aux « mawon ». -------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pendant plusieurs siècles, l’Europe construit sa puissance sur les richesses dégagées par les colonies. Il faudra attendre le XIXè siècle pour que le système esclavagiste et le traitement réservé aux esclaves soient fréquemment dénoncés. Malgré le Siècle des Lumières et la Révolution des Droits de l’Homme de 1789 qui véhiculent les idées humanistes à travers le Monde entier, la France semble avoir oublier qu’elle même cautionne le système et nie toute part d’Humanité aux Hommes réduits en esclavage. Les idées circulant quand même, les colonies finissent par être secouées à leur tour par le vent de la liberté et de l’émancipation. Après bien des soubresauts et des hésitations, l’Histoire suit son cours et les idées abolitionnistes gagnent du terrain. 1833 sonne le glas de l’esclavage en l’Angleterre, près de 30 ans après l’interdiction de la traite en 1807. En 1815, c’est la France qui, à son tour, interdit la traite. Cependant, il faudra attendre 1848 pour que le pays mette fin au système esclavagiste, sous l’impulsion d’abolitionnistes célèbres. Ainsi, le 27 avril 1848, le sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, Victor Schoelcher, rédige son célèbre décret. En Haïti, en Martinique, en Guadeloupe et ailleurs, bien avant l’arrivée des émissaires métropolitains, les esclaves se rebellent contre le joug colonial et arrachent leur liberté aux gouverneurs locaux, avec à leurs têtes des leaders tels que Toussaint-Louverture ou Louis Delgrès. Ailleurs, les abolitions se succèdent aussi. Les Etats-Unis d’Abraham Lincoln rendent, en 1865, leur liberté à 4 millions d’esclaves, à l’issue de la Guerre de Sécession. Celle-ci oppose les Nordistes, produits de la société industrielle, aux Sudistes, patrons des grandes plantations qui utilisent des esclaves depuis des siècles. Malgré les abolitions officielles, l’affranchissement n’est tout de même pas synonyme de liberté. Sans terre et sans ressource, de nombreux affranchis doivent reprendre le chemin des plantations pour survivre. Au XXè siècle, le phénomène perdure. Dans des pays tels que la Mauritanie, par exemple, les Noirs ont du attendre 1980 pour voir officiellement proclamer l’abolition du système. -------------------------------------------------------------------------------- En 1998, la France célébrait officiellement le 150è anniversaire de l’abolition de l’esclavage. A Paris, une commémoration rassemblait plusieurs milliers de descendants d’esclaves présents pour effectuer leur « devoir de mémoire » et unis pour se recueillir ensemble devant un parterre de bougies : la cérémonie du « Lanmèkannfènég » voyait le jour. La même année, la député guyanaise Christiane Taubira-Delanon, soutenue par de nombreux élus des anciennes colonies, place le débat sur la place publique, au cœur de l’Assemblée nationale. Il faudra près de trois ans à la navette parlementaire pour que la République française reconnaisse que « la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVè siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'Humanité ». Une grande victoire pour la diaspora noire française et, au-delà, pour les diasporas noires du Monde. Pour autant, le débat n’est pas clos pour un grand nombre de descendants d’esclaves de par le Monde qui estiment que des « réparations » doivent être octroyées. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------- La notion de crime contre l’Humanité apparaît pour la première fois à la fin de la Seconde guerre mondiale, au Tribunal de Nuremberg qui entend juger les horreurs perpétrées par l’Allemagne nazie à l’encontre des Juifs. La définition s’applique à « l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions (…) ont été commis à la suite de tout crime entrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime ». Aujourd’hui, des universitaires refusent d’évoquer le mot de « génocide » au sujet de la traite et de l’esclavage : à leurs yeux, le but des puissances esclavagistes n’était pas, au départ, de faire disparaître les Noirs de la surface de la Terre, mais simplement de les utiliser comme « instruments » de travail. Cette motivation qui ne peut être comparée à la destruction systématique et organisée d’une communauté, dessein poursuivi par Hitler, paraît suffisante à ces intellectuels pour justifier de rejeter hors du champ de la notion de « génocide » le crime perpétré contre des millions d’Africains. Malgré toutes les divergences de point de vue dont les uns et les autres se font l’écho depuis les abolitions de l’esclavage, il n’en demeure pas moins qu’il n’est plus possible d’occulter la réalité de ce qui s’est produit durant tous ces siècles. Le continent africain, aujourd’hui encore sous-peuplé, en témoigne à lui seul. Aussi, sous la pression des diverses diasporas africaines du Monde, les Nations Unies acceptent enfin de rompre le silence en organisant en septembre 2001 la première « Conférence contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance » à Durban en Afrique du Sud. Les chefs d’Etat africains qui ont répondu présent à l’appel n’ont pu que déplorer l’absence des présidents des anciennes puissances esclavagistes mises en cause: les autorités de la France, de la Hollande, de l’Espagne, des Etats-Unis, et des autres pays concernés ont toutes dépêchées sur place des ministres et des représentants. L’absence des porte-paroles des communautés noires, non conviés, a été également regrettée. Dès le début des débats, la question de l’esclavage et de la traite a supplanté le thème initial de la conférence. Après d’âpres négociations, un accord a été conclu à l’arraché : il « reconnaît que la traite est un crime contre l’Humanité et aurait toujours dû être reconnu comme tel ». Pour l’ONU, un grand pas est franchi, pour les diasporas noires, on est encore loin du compte. Jusqu’au terme de cette réunion, les Africains réclameront des « excuses » au nom du préjudice subi. Même si d’anciennes puissances esclavagistes, tels que les Pays-Bas, ont exprimé des « remords pour leur responsabilité dans la traite des esclaves d’Afrique vers les colonies des Caraïbes et du Surinam », la conférence laisse un goût amer aux Africains. Des remords, mais pas des excuses qui, selon les Occidentaux, pourraient ouvrir la voie à des demandes de réparations. « Il y a eu des excuses dans d’autres cas, rappelait une ministre sud-africaine, s’il n’y en a pas ici, nous nous demanderons si notre continent est considéré d’une manière spéciale », déclarait-elle. En outre, même si le texte final reconnaît « la nécessité d’élaborer des programmes pour le développement social et économique de ces communautés et de la diaspora dans le cadre d’un nouveau partenariat basé sur le principe de la solidarité et du respect mutuel », aucune mention contraignante n’oblige l’Occident à aller au-delà de ces déclarations. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------- En vidant l’Afrique de ses forces vives et de sa jeunesse, l’esclavage a modifié durablement les équilibres démographiques, socio-économiques et culturels du continent. L’asservissement de l’Afrique, suivi par les décennies de colonisation, ont sans nul doute largement contribué à la pauvreté, au sous-développement, à l’instabilité chronique dans certaines régions ainsi qu’aux disparités économiques. Ecrasé sous le poids de la « Dette », des exigences du Fonds monétaire international, et de la Banque mondiale, le continent africain dont le sol regorge de matières premières indispensables aux sociétés économiquement développées, et qui devrait donc en tirer des profits conséquents, se trouve toujours dans un état de pauvreté extrême. Certains vont même jusqu’à parler « d’esclavage économique » dans le Nouvel ordre mondial. Plus généralement, dans de nombreuses régions du Monde, l’esclavage des Humains perdure sous d’autres formes également insidieuses. Les femmes, les enfants et également de nombreux individus marginalisés sont encore trop souvent victimes de ce système inhumain, lié à la misère endémique qui frappe les plus fragiles, souvent analphabètes et sans ressources. ----------------------------------------------------------------------------- Réalisée par l’UNESCO, la carte de la route de l’esclave permet d’avoir une vue d’ensemble de la traite négrière. Elle retrace le fameux commerce triangulaire mais met également en relief les zones atteintes par l’esclavage moins connues comme l’ Océan Indien. Dans l’Est de la France, la route des abolitions de l’esclavage la route des abolitions de l’esclavage rend hommage aux grands hommes de l’abolition. Louverture, Schoelcher et l’Abbé Grégoire y sont à l’honneur. L’esclavage a été reconnu comme un crime contre l’humanité, mais les victimes n’ont jamais été indemnisées. Wasadugu mène plusieurs combats dont celui de la réparation aux Africains et descendants d’Africains pour ce crime. Leur site permet de lire de nombreux documents rédigés à l’occasion de la conférence de Durban mais aussi des dépêches qui présentent les excuses des anciennes puissances coloniales. Le poids des mots, le choc des photos. Le site « Les traites négrières » est un site participatif : ce sont les personnes qui s’y inscrivent qui peuvent l’alimenter. Malgré son aspect universitaire, il en résulte une collection émouvante de témoignages et de photographies d’époque.

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Commentaires (10)

1. voltaire 25/01/2005

esclavage dans candide

2. mola 13/06/2005

pour quoi votrepage a pour photo un lancement de fusée alors qu'il traite d'esclavage ... ça n'a pas de sens!

3. guyane 25/11/2005

je ss dacor ac "mola", cet foto na pa de sens alor ke lon parle de lesclavage... mé bon ce n kun détail, le + importan c kil ni a pa assé dinformations sur la guyane, c pa complé...

4. Adam 04/12/2005

oui c bien vive barça
robinho est un esclave hahahahaha

5. rime 27/12/2005

jtrouve cet article trop bien vraiment jne sé pa comment m'en sortir dans mes recherches sans google,merciiiiiiiiiiiiiii

6. laurent 27/04/2006

cet article m'a beaucoup plu, il est bien écrit et est à la portée de tous mais il est vrai qu'il manque des informations sur l'esclavage en guyane. par contre pouvoir accepter qu'une telle atrocité ait pu exister, c'est difficile. Qui est l'Homme?

7. Pierre 22/07/2010

Je remercie la personnes qui a écrit ce texte et remis à jour cette parti de l'histoire de l'humanité que certain oublie souvent.Merci encore car sans des gens et des site comme sa ont ne comprend pas bien l'histoire,les journaliste télévisé sont pour la plupart soumis à l'état et au lobis juif sionniste qui fait de la concurence de memoire. Encore merci,aurevoir.

8. lorisa 12/06/2012

oui moi aussi jte trouve que ces bo mais bon

9. Mckenzie44 (site web) 23/10/2012

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10. brultey (site web) 21/03/2013

Bonjour ! Modeste contribution à la cause, ci-dessous :
http://www.dailymotion.com/video/xxjanm_le-negre-de-surinam-clip_news#.USnjbY5cj8Q

salutations
rol

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